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Le blog du RPF Nord Pas de Calais

Site de la Fédération RPF Nord Pas de Calais et des Fédérations 59 et 62

DE CHRISTIAN VANNESTE PRESIDENT DU RPF

Publié le 14 Avril 2012 par rpf-nord

Ces deux philosophies politiques sont toutes deux honnies en France. Le libéralisme ne peut qu’être « hyper» et, oubliant la riche tradition libérale de la philosophie politique française, de Montesquieu à Raymond Aron, en passant par Constant et Tocqueville, beaucoup de français y verront une conception économique anglo-saxonne synonyme d’inégalités et de capitalisme sauvage. Le conservatisme est l’objet d’un mépris tel qu’il sert de critère aux Présidents de la République qui se prétendent de droite pour discriminer le bon grain du progrès de cette ivraie.

Dans la tradition américaine, le conservatisme est caractérisé par l’attachement aux valeurs traditionnelles de la société, la famille, la Patrie, la responsabilité personnelle tandis que le libéralisme est souvent présenté comme transgresseur plus que comme progressiste, comme étatiste et confinant à la social-démocratie, c’est-à-dire au pire des dangers pour une Démocratie. En revanche, ce clivage se produit sur le fond d’un consensus qui est ce qu’on appellerait chez nous, l’État Libéral, éloigné de toute forme de dictature ou de totalitarisme, et même de centralisation excessive, de limitation des libertés fondamentales ou de dépense publique trop forte.

Il faut donc beaucoup de courage pour oser dire en France que l’on est favorable à un État Libéral, et que l’on est conservateur dans le cadre de cet État.

Celui-ci repose sur des principes :

En premier lieu, le postulat de la personne libre et responsable qui en politique s’appelle un citoyen, libre de ses choix et responsable de leurs conséquences.

En second lieu, cette liberté se décline en droits fondamentaux : de penser, d’éduquer et d’être éduqué, de communiquer, de circuler, de se réunir, de s’associer, d’agir et d’entreprendre, d’être propriétaire. La liberté politique s’appelle la Démocratie : elle repose sur l’expression du suffrage populaire, et à travers celui-ci par la désignation des représentants du Peuple et par les décisions prises directement par le Peuple par le biais des referendums.

La liberté sociale et économique repose sur la vie associative et sur le marché, au sein desquels l’adhésion et le contrat certes encadrés par des lois, doivent être privilégiés.

Les lois elles-mêmes sont soumises à la hiérarchie des normes. L’État Libéral est un État de Droit. Les droits fondamentaux encadrent le contrat social, et l’élaboration des lois positives.

Le pluralisme et la tolérance sont indissociables de l’État Libéral. L’État doit être distinct de la société civile et n’avoir qu’une place très restreinte dans les activités sociales et économiques. La subsidiarité des niveaux de décision de la famille à l’État en passant par les pouvoirs décentralisés doit permettre une meilleure circulation de l’information et une plus grande réactivité.

Au sommet, le système présidentiel est celui qui garantit le mieux la séparation entre l’exécutif qu’il incarne, le législatif, et le judiciaire qui doit couvrir l’ensemble de la Justice, sans distinction entre judiciaire et administratif. Les Autorités Administratives doivent être peu nombreuses, si possible limitées dans le temps à des missions précises, sauf en ce qui concerne les domaines permanents de la régulation des marchés et de la reconnaissance des droits. Une Haute Autorité de la vie politique et un Défenseur des Droits, sont particulièrement utiles.

La Démocratie Libérale connaît des limites : le pouvoir judiciaire pour être indépendant et respectable doit être issu de l’élection. Le pouvoir médiatique ou 4ème pouvoir doit revendiquer son lien étroit avec le pluralisme et la liberté d’expression, mais il n’est pas au dessus des lois et n’a pas à se substituer aux pouvoirs légitimes issus de la volonté populaire. La technobureaucratie doit être limitée en importance et maintenue dans son rôle d’opérateur de la volonté politique. Les réseaux, groupes de pression et lobbys concourent à l’information et à la prise de décision. La transparence de leurs interventions et de leurs revendications doit être maximale. Les instances désignées pour contrôler le fonctionnement du système : Conseil Constitutionnel, Autorités Administratives doivent être limités dans leur capacité de bloquer la volonté populaire et leurs présidents doivent dépendre d’une élection par une majorité qualifiée du Parlement, garantissant leur impartialité et leur indépendance. L’État Libéral est souverain. Aucune instance supranationale ne peut imposer un pouvoir technocratique à la volonté populaire.

Dans ce système, les philosophies conservatrice et libérale représentent deux options :

Pour la première, l’intérêt du groupe l’emporte sur celui de l’individu. Certes le groupe reconnaît la liberté responsable de la personne au profit même du Bien Commun, mais l’individualisme cède devant le Bien de la Famille, devant le Bien de la Patrie. Montesquieu l’avait souligné.

Pour la seconde, l’individu est roi, roi de ses désirs et de l’éphémère. Rien ne se justifie vraiment au-dessus de lui.

Entre les individus et l’État, les corps intermédiaires risquent de disparaître comme le craignait Tocqueville. L’État lui-même peut laisser place à l’utopie libertarienne. Le libéralisme est suspendu entre les deux dangers de la Social-Démocratie et de l’anarchie.

Tous deux se retrouvent pour refuser les constructivismes totalitaires : la société et la personne ont une histoire et une identité qui leur appartiennent, une autonomie et une indépendance qui doivent être respectées. Chacun de leurs choix édifie leur avenir, porte la marque d’une identité qu’il enrichit à son tour. La liberté, le poids du passé, le jeu des réussites et des échecs, la concurrence et le conflit participent à cette élaboration continue. Ce sont des jardins anglais, non des parcs à la française. Une Nation et une Personne sont des héritages à préserver et à faire fructifier. La Personne et la Nation ne sont pas des monades isolées. Elles sont pétries de leurs relations et de leurs échanges. Ce sont des fleuves qui ont une source et des affluents. L’ère du vide, qui règne depuis les années 60 associe l’individualisme sociétal, le relativisme, le narcissisme, le consumérisme, la satisfaction des désirs éphémères avec la peur de la liberté responsable : le marché aux illusions avec la protection aliénante de l’État-Providence.

Si le libéralisme peut se laisser tenter par ces pièges de la liberté, le conservatisme résiste à cette entropie qui culmine à gauche, avec la passion de l’égalité niveleuse et la libération des contraintes pourtant inséparables de la vie sociale comme de la vie elle-même. L’équilibre entre l’ordre et le progrès, la résilience et le risque, le travail et le mérité, le courage et la protection légitime, la préservation et la créativité, la compétitivité et la solidarité se trouve dans la juste récompense des efforts en proportion de leur intérêt collectif, mais de manière à ne pas blesser l’opinion de ceux, qui malgré leur bonne volonté, ont pu rencontrer l’infortune. L’équité et la décence commune sont les piliers du conservatisme qui peut et doit être compassionnel.

Cette dimension du conservatisme doit être fondée sur l’équité. La compassion est l’un des sentiments les plus spontanés chez l’homme. Pour autant, il ne doit pas être instrumentalisé par le processus devenu systématique de la victimisation. Tous les comportements ne sont pas innocents et les coupables ne sont pas des victimes. Si le conservatisme prend en compte les communautés naturelles, il ne doit pas accepter le jeu des communautés victimaires et revendicatives qui par le biais de la discrimination positive finissent par obtenir des privilèges, symboliques au travers de leur poids médiatique, réels pour les aides et soutiens financiers qu’elles reçoivent. La compassion s’adresse aux personnes et dans la mesure où celles-ci subissent une situation qui mérite une compensation légitime. On pense par exemple aux handicapés.

Le conservatisme est idéaliste, car il repose sur l’idée que les valeurs morales et politiques sont transcendantes. On a tort de le présenter parfois comme un pragmatisme. Les fins sont intangibles, mais les moyens peuvent changer en fonction du contexte et de leur efficacité relative à celui-ci. Le libéralisme et le marxisme partagent le point de vue inverse : le progrès est un tout où l’on ne peut séparer progrès technique et régression morale, qu’on présente abusivement comme une évolution salutaire. Si l’idéologie est liée au progrès des modes de production, alors c’est le marxisme qui a raison, et non le libéralisme. Or le marxisme a tort, car le combat des idées est lié indissolublement à la foi dans la liberté humaine. On peut certes penser aujourd’hui que notre civilisation tertiaire et communicante produit un type de pensée : après Gutemberg, Mac Luhan, et après Mac Luhan, Bill Gates, mais justement, c’est sur internet que fleurissent les réseaux conservateurs, bien plus que dans les mass média, où règne la bourgeoisie bien-pensante des soixante-huitards. Il y a au fond du peuple, un vouloir-vivre salutaire qu’exprimait très bien le Général de Gaulle à la fin des ses Mémoires de guerre. Cette force de la vie, cette résilience trouvent leur mode d’expression dans internet en se libérant du carcan des élites médiatiques décadentes. Elle devrait aussi, comme elle le fait en Suisse trouver son terrain d’élection dans le referendum d’initiative populaire.

La France, Pays du libéralisme politique, dont le peuple se trouve constamment écartelé entre ses tendances conservatrices profondes et les fantasmes révolutionnaires qui pour certains constituent de manière exclusive son identité, n’a jamais pu faire le choix conscient et affirmé du conservatisme politique. Son identité et son avenir se trouvent pourtant en lui. Mario Monti qui s’efforce non sans succès de redresser l’Italie le disait : « la France apparaît comme un pays divisé. Pourtant, elle est unie sur un principe : le refus de l’économie de marché. Ce rejet qui retarde la modernisation de l’économie est une cause de plus en plus flagrante des divisions qui séparent le pays entre les privilégiés et les exclus ». Ce jugement est sans appel. L’illusion des luttes révolutionnaires conduit paradoxalement à l’immobilisme. L’adhésion au cadre libéral de l’action politique et le choix d’une orientation conservatrice à l’intérieur de celui-ci sont la solution à laquelle la France tourne le dos et dont elle a le plus impérieux besoin.

CHRISTIAN ET JEAN FRANCOIS

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